Alors que nous faisons face à une urgence climatique absolue, la stratégie d’intimidation du gouvernement français fait rage. Les activistes subissent de plein fouet une répression croissante. Alors, ensemble, Extinction Rebellion France et Dernière Rénovation, nous alertons sur cette dérive répressive à travers une tribune en deux temps. Le premier volet, porté par Extinction Rebellion France, dénonce les limites que franchit aujourd’hui la répression en France.

Action Carnage Total, Place l'Opéra, Paris, 20 janvier 2023 | Crédits photo : Le Duq

Puisque la COP 28 ne sera que pour la forme, nous sommes dans une urgence absolue - une trajectoire à +3 degrés - et sans aucune mesure politique sérieuse mise en place à l’échelle du globe. L’Accord de Paris, issu de la COP21, était censé garantir la survie humaine sur une Terre habitable. Il n’a pas été respecté.  Sept ans après sa signature, António Guterres, Secrétaire Général de l’ONU tente d’alerter de l’aggravation : « L’ère du réchauffement climatique est terminée : place à l’ère de l’ébullition mondiale. […] Cela ne doit pas entraîner le désespoir, mais l’action. » 


En France, de quelle action écologiste parle-t-on ? Il y a quatre ans, le gouvernement avait suscité l’expression démocratique d’un plan d’action climatique, la Convention Citoyenne pour le Climat : ce n’a été que pour mieux la trahir. L’État, lui, a été condamné par l’Union Européenne et par ses propres tribunaux pour son inaction climatique, sa responsabilité dans la pollution de l’air et dans la contamination généralisée par les pesticides.

Pourtant il y a un secteur où, en 2023, ce gouvernement a demandé aux services de l’État d’agir : la répression de citoyen.nes qui réclament des actions proportionnées au péril imminent indiqué par les scientifiques. Un nouvel ennemi public a été désigné : ce ne sera ni l’extrême-droite, ni l’urgence écologique, mais « les écoterroristes ».
 Au-delà de la rhétorique infâmante et juridiquement fallacieuse du Ministre de l’Intérieur, tout est mis en place pour casser cette opposition.

Il n’y a pas eu de conférence de presse pour l’annoncer, mais une stratégie consciente d’intimidations répressives, physiques et financières a été mise en place contre le militantisme écologiste en 2023 en France. Sur le volet législatif, d’abord. Une loi venue de l’extrême-droite est votée en janvier pour accentuer la pénalisation de modes d’action connus (blocages de routes, d’universités, interruption d’événements sportifs). Côté financements, un amendement adopté le 13 octobre par la Commission des finances vient entraver les organisations condamnées pour des faits de désobéissance civile. Les lois antiterroristes sont utilisées pour justifier des interdictions de manifester sur des sujets d’écologie comme pour la paix en Palestine ou pour des retraites décentes.

La Sous-Direction antiterroriste, elle, est détournée de son rôle pour poursuivre des militant.es ayant causé la fermeture pendant trois jours d’une des usines les plus polluantes du pays, propriété d’une entreprise ayant par ailleurs été reconnue coupable avoir financé en connaissance de cause le terrorisme islamiste en Syrie. Les forces de l’ordre sont employées à contre-sens : à Sainte-Soline la gendarmerie mène dos au mur un affrontement brutal suite au choix baroque d’un dispositif en fortin, qui va à l’encontre de sa doctrine habituelle. Les agent.es de police outrepassent la réglementation sur l’utilisation d’armes “non-létales” qui blessent et mutilent, depuis des années, notamment dans les quartiers et contre les gilets jaunes. On change les règles, notamment pour autoriser le tir de LBD à bout portant. 

Cette dérive s’étend jusqu’au rôle des magistrat.es, notamment des procureurs, qui se doivent pourtant de contrôler la proportionnalité des poursuites au regard des faits. Plus d’une cinquantaine de perquisitions contre des écologistes ont été menées au cours de l’année, plus souvent pour la forme (parfois brutale) que pour réellement trouver des preuves. De même, des gardes-à-vue sont prolongées au-delà de 24 heures de manière presque routinière, pour des faits de faible gravité - du barbouillage de biens avec une peinture aisément lavable, par exemple - quand la privation de liberté est censément une mesure exceptionnelle. 

Fin 2023 : le gouvernement, perdu dans une inconséquence climatique, est fragilisé par les victoires du camp écologiste. Notre-Dame-des-Landes vit toujours, TotalEnergies constate que son projet EACOP patine, de nombreux projets autoroutiers et autres bétonisations sont revus. Une cinquantaine de projets de mégabassines ont été annulés par la justice. Partout le vent tourne : procès après procès, recours après recours, les militant.es de tous types obtiennent des avancées. Le gouvernement, lui, s’est radicalisé et tente d’utiliser la police et une partie de la justice pour faire cesser une contestation légitime.

L’histoire de nos droits est une histoire de luttes : le droit de vote “universel” n’a pas été donné, il a été gagné, et contre les lois d’alors. Tout comme l’abolition de l’esclavage ou la sécurité sociale. Et ces luttes continuent, sous des formes que tout le monde n’est pas tenu d’approuver en bloc. Mais la politique délibérée de répression envers l’ennemi écologiste doit vous alarmer. Elle est faite en votre nom par un gouvernement qui ne fait pas que tenter de dissoudre des organisations ou d’effrayer des manifestant.es. De par son inaction climatique, il choisit de dissoudre l’avenir.  

Qui trouvera-t-il pour lui résister ? À vous de le dire : vous seul.e savez comment agir, il est temps de faire entendre votre voix.

Premiers signataires

Organisations

Extinction Rebellion France
Dernière Rénovation
Scientifiques en Rebellion
Bassines non merci
Groupe national de surveillance des arbres (GNSA)
Fondation Copernic
Fédération SUD-Rail
Jeunes écologistes
Alternatiba Paris
Révolution écologique pour le vivant (REV)
Youth for Climate Ile-de-France
La Déroute des routes
La Voie est libre
Saccage 2024
RABAJoie
Terres de luttes
Pollinis
Ecotalk
Allumeuses.bzz
Återställ Våtmarker (Suède)
Ultima Generazione (Italie)
Les Soulèvements de la Terre

Personnalités

Adrien Roux, directeur national de l’Alliance citoyenne
Thomas Brail, militant arboriste-grimpeur
Nils Enderlin, juriste en droit européen
Marie Pierre Vieu, coprésidente de la fondation Copernic
Julien Troccaz, secrétaire fédéral SUD-Rail
Annah Bikouloulou, secrétaire nationale des Jeunes écologistes
Aymeric Caron, député de Paris, président de REV
Clément Sénéchal, auteur et militant
Eduardo Makaroff, musicien
Nala Amirah, avocate, fondatrice de Green Welfare Indonésie
Noel Mamère, écologiste, ancien député
Alessandro Pignocchi, auteur de bande dessinée et chercheur
Mathilde Caillard, activiste écologiste
Bruno Solo, acteur
Azelma Sigaux, porte-parole de REV
Aurore Falaize, coordinatrice REV pour els Yvelines
Lubja Bowman, collaboratrice parlementaire
Pierre Khalfa, économiste, ancien membre du CESE
Ritchy Thibault, cofondateur de Peuple Révolté et des Insurgés
Albin Wagener, enseignant chercheur à l’ICAM
Emily Loizeau, auteure, compositrice, interprète
Lucie Lucas, comédienne
Chloé Sagaspé, conseillère de Paris Les Ecologistes
Gabriel Amard, député LFI du Rhône
Claudine Cordani, directrice du journal Les Cent Plumes
Maëlle Chassard, dirigeante d’entreprise
Clément Gonzales, enseignant
Jean-François Coulomme, député LFI de Savoie
Clément Pairot, auteur, spécialiste de la mobilisation citoyenne
William Aucant, conseiller régional des Pays de la Loire, ancien membre de la Convention citoyenne pour le climat
Hadi Rassi, comédien et militant écologiste
Gaetan Gabriele, créateur de contenu
Laure Abramowitch, avocate\