À la Clusaz, station de sports d’hiver perchée au cœur des Aravis en Haute-Savoie, les élu⋅es ont une nouvelle idée lumineuse : creuser une retenue collinaire. Un trou de 148 000 m³ dans la montagne, d’une surface au sol de 5 terrains de foot, pour y faire remonter de l’eau de source. Celle-ci est destinée à y croupir, et si elle ne s’est pas évaporée en raison des températures toujours plus douces, on l’injectera dans des canons à neige pour blanchir une montagne qui s’obstine à faire fondre la précieuse poudreuse ! Quoi de mieux que de soigner le mal par le mal…

Le tout-ski à tout prix

Et ce en quel nom ? Celui du ski à tout prix, pardi ! Maintenir cette industrie sous perfusion pendant encore 30 longues années, être compétitif⋅ves, voilà les objectifs défendus par le plan neige II de Laurent Wauquiez. C’est cette même politique prédatrice de gestion de la montagne qui orchestre 100 projets similaires dans les Alpes, voués à être achevés le 31 décembre 2022.

Malgré 78% d’avis négatifs sur l’enquête publique, le positionnement de la Mission Régionale d’Autorité Environnementale, de personnalités publiques, de sportif⋅ves et de scientifiques contre le projet, malgré une pétition à 51 000 signatures, le conseil municipal s’assied sciemment sur la démocratie, et valide le projet.

Photomontage du projet dans retenue collinaire (crédit : Pierre Tardivel)

Biodiversité, mon amour

À la Clusaz, l’impact dévastateur sur la biodiversité ne fait aucun doute : défrichement de 8 hectares de terres, risque d’assèchement sur le long terme de la tourbière remarquable de Beauregard, extermination d’espèces protégées, mise en péril de zones humides, etc. En tout connaissance de cause, la préfecture accorde donc une “dérogation pour destruction d’espèces et d’habitat protégés”. 58 espèces animales sont concernées par la demande de dérogation. 2 espèces d’amphibiens protégés. 4 espèces de reptiles protégés. 33 espèces d’oiseaux protégés. 1 espèce de mammifères protégés. 15 espèces de chiroptères protégés. 3 espèces d’insectes protégés. La chevêchette d’Europe, le triton alpestre, l’azuré des paluds et tant d’autres sont sacrifiées sur l’autel du cynisme des autorités.

Tourbière du plateau de Beauregard menacée de destruction

De plus, les tourbières sont des zones humides d’une valeur inestimable de par leur rôle régulateur : elles filtrent ou stockent l’eau, ralentissent son écoulement et constituent des réservoirs naturels d’eau potable. Elles créent des microclimats frais, réduisent l’importance des crues et limitent l’érosion en montagne en stabilisant les sols. Les tourbières ne couvrent que 3 % de la surface terrestre, mais stockent le carbone presque autant que l’atmosphère terrestre et deux fois plus que les forêts (qui couvrent 30% de la surface terrestre). Détruire la tourbière du plateau de Beauregard, c’est s(k)cier la branche sur laquelle on est assis⋅es.

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Exemple de mutilation de la montagne par retenue collinaire à Courchevel

Danger hydrique

Selon l’association de protection de la montagne Mountain Wilderness, l’enneigement artificiel nécessite en moyenne 4 000 m3 d’eau à l’hectare. En plus de gaspiller des quantités d’eau pharamineuses, la retenue perturbera également son cycle en asséchant le Nom (en tuant sa vie piscicole au passage), qui se jette dans le Fier, qui lui-même se jette dans le Rhône. Loin de toucher seulement les habitant⋅es de la région, le projet a un impact systémique dont il est difficile de mesurer l’ampleur. Une gestion irresponsable des ressources en eau qui rappelle les megabassines dénoncées par Extinction Rebellion Poitiers !

Bois de la Colombière sur le plateau de Beauregard VS travaux sur la retenue collinaire de la Feclaz (crédit : collectif Sauvons Beauregard)

Arbres centenaires contre capitalisme mortifère

Plus qu’un projet isolé et illusoire, cette fuite en avant est symptomatique d’un système dans le déni, qui refuse de voir que l’on a changé d’époque. Que les solutions d’hier sont les non-sens d’aujourd’hui et les calvaires de demain. Parce qu’on ne finance pas la transition du ski en investissant toujours plus dans le ski, il est temps de prendre des décisions responsables qui laissent aux générations présentes et futures une chance de vivre la montagne dignement.

Extinction Rebellion Annecy, main dans la main avec les organisations locales, entend bien empêcher les tronçonneuses assassines et les pelleteuses criminelles de s’en prendre à ce sanctuaire de la biodiversité. Au nom de l’amour, au nom de la rage, pour la beauté des arbres et la puissance du vivant, nous lutterons.

Le tout-ski ne tuera pas le bois de la Colombière !

Pour aller plus loin :