Le 14 mai 2019 à la Défense, une cinquantaine de rebelles ont mené une opération de semi-blocage du congrès International des grands barrages hydroélectriques 2019 aux côtés de Planète Amazone et International Rivers.

Étaient également présent·e·s Juan Pablo Soler Villamizar du mouvement colombien Rios Vivos ainsi que 3 chef·fe·s Munduruku (tribus autochtones d’Amazonie).

Cette action avait pour but d’alerter la population et les décideurs des entreprises responsables sur l’imposture des barrages « verts ». Massivement polluants (4% des émissions de gaz à effet de serre, soit plus que le secteur aérien) et extrêmement destructeurs pour les écosystèmes, ces barrages bouleversent considérablement la vie des population locales en affectant la qualité de l’eau et des ressources et en participant au développement de maladies telles que le paludisme et la dengue.

Les États et les banques, naïfs ou complices, ferment les yeux sur ces désastres et continuent de cautionner ou financer l’action de grands groupes tels qu’Engie, Enel, Vale ou EDF responsables de ces infrastructures criminelles.

Nous devons nous rebeller contre ce système délétère !

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Texte lu par les rebelles

Bonjour à toutes et à tous,

Nous sommes membres d’Extinction Rebellion, un mouvement international de désobéissance civile qui a pour but d’organiser la rébellion contre l’extinction en cours du monde vivant. Soyons clair : cette catastrophe environnementale, climatique et aussi sociale, est le fait d’actions conjuguées des multinationales criminelles et des gouvernements complices, qui au mieux ne font rien, au pire légalisent et encouragent leurs crimes.

Nous sommes ici aujourd’hui aux côtés de Planète Amazone, une organisation non gouvernementale dont l’objet principal est le soutien aux peuples autochtones menacés par la déforestation.

La destruction des forêts partout sur la planète est une conséquence directe de la croissance de nos sociétés humaines. Une des facettes de cette croissance prend la forme de constructions de grands barrages hydroélectriques par des multinationales aux pratiques peu scrupuleuses, qui prétendent produire par ce biais une énergie « verte ». La réalité est toute différente : il s’agit bien de véritables fléaux, environnementaux et sociaux.

Ces projets sont tout d’abord extrêmement gourmands : leur construction requiert d’énormes quantités de béton et de métaux, ainsi que du pétrole pour acheminer la matière et les ouvriers.

Mais ce n’est pas tout : leur mise en fonctionnement submerge des terres cultivées, des forêts et des millions d’animaux. Privés d’oxygène, tous ces organismes meurent. Et en se décomposant, ces millions de tonnes de végétaux, animaux, insectes, vers de terre et bactéries, dégagent du méthane et du protoxyde d’azote, qui sont respectivement 25 et 300 fois plus puissant que le CO2 pour ce qui est de l’effet de serre.

Les grands barrages contribuent ainsi à 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, c’est davantage que le secteur aérien.

Mais ces coûts en ressources naturelles, la destruction des écosystèmes et cette forte contribution au chaos climatique ne sont malheureusement pas les seules nuisances liées aux grands barrages. La déforestation, le bouleversement du fonctionnement des cours d’eaux, la manque de terres cultivables, l’annihilation de poissons, la baisse de la qualité de l’eau en amont et en aval des barrages, l’apparitions de maladies telle que la dengue et le paludisme… sont autant d’effets néfastes qui impactent gravement les populations locales. Bien sûr, les multinationales responsables de ces grands projets ne subissent aucune de ces nuisances.

Aujourd’hui, aux côtés de nombreuses ONG, mouvements, organisation de la société civile et des peuples autochtones, nous nous battons pour que soient respectés l’environnement, ainsi que l’habitat et les droits des peuples oppressés par l’industrie des grands barrages.

A l’heure où les scientifiques tirent toutes les sonnettes d’alarmes sur l’urgence climatique et l’effondrement de la biodiversité, les multinationales comme Engie, Enel, Vale ou EDF continuent de faire passer les grands barrages comme des outils écologiquement viables.

Naïfs ou complices, les états et les banques octroient ainsi volontiers leurs financements aux grands barrages plutôt qu’à d’autres moyens de production comme les petits barrages, l’éolien et le solaire. Pire encore, les bassins de rétention s’atrophient à cause de la sédimentation, et la construction d’un nouveau grand barrage devient vite nécessaire.

Les petits barrages, capables de générer jusqu’à 15 MW, sont relativement peu coûteux et leur impact sur l’environnement est bien moindre. Ils nécessitent la participation des communautés et contribuent à l’autonomisation locale. Et c’est sans doute parce que les petits barrages distribuent le pouvoir politique et économique plutôt que de le concentrer, que les gouvernements et les bailleurs internationaux qui financent les grosses infrastructures les ont généralement ignorés, tous comme ils sont restés sourds aux protestations des peuples pour conserver leurs terres et leurs modes de vie.

De façon plus générale, on voit bien que les grands barrages ne sont qu’un symptôme hypocrite du système destructeur qui nous conduit dans une impasse, un système où les états méprisent les peuples autochtones, où l’humain épuise l’environnement, où les pays occidentaux abusent des autres pays.

C’est pour toutes ces raisons que pendant que se déroule le congrès mondial de l’hydroélectricité nous sommes réunis, Extinction Rebellion, Planète Amazone et des membres de nombreuses autres associations, pour prendre la parole publiquement et oser dénoncer l’imposture des grands barrages. Nous demandons à l’Etat français de prendre ses responsabilités dans la création d’une commission/législation mettant en place des mesures contraignantes empêchant les promoteurs des grands barrages de construire des nouveaux projets destructeurs.

Nous, habitantes et habitants d’un pays développé, avons conscience que le modèle économique en place est en grande partie responsable de cette situation. Nous avons fait les «gestes pour la planète», scruté notre empreinte carbone, signé des pétitions, marché pour le climat. Et rien de cela n’a suffi. Car, pendant ce temps, les industriels ont continué de polluer et d’épuiser les ressources. Les compagnies pétrolières et de transport aérien et maritime sont toujours exemptées de taxe carbone. Les grands barrages continuent de recevoir des investissements liés aux énergies renouvelables. Pendant que des millions de personnes subissent la précarité énergétique, des multinationales, dont les méthodes annihilent les écosystèmes, sont subventionnées pour extraire des ressources. Pendant que des citoyennes, citoyens et des élu·e·s se battent sur leur territoire pour préserver forêts, bocages, rivières…, de «grands» projets délirants comme les grands barrages soutenus par les finances publiques continuent de voir le jour. Nous ne sommes pas dupes des discours qui visent à nous rendre toutes et tous également coupables de la catastrophe en cours. Dans ce monde, 70% des gaz à effet de serre émanent de 100 entreprises. Nous ne nous laisserons pas abuser par des mesures culpabilisantes visant les plus pauvres, alors que les premiers et premières responsables ne cessent de s’enrichir.

La destruction des écosystèmes et des espèces animales et végétales par les grands barrages, la surexploitation et la pollution sont une conséquence directe du développement de nos sociétés modernes. Les mesures compensatoires n’enrayent aucunement l’extermination massive en cours. La biodiversité doit être reconnue et respectée pour sa valeur intrinsèque et pas uniquement pour les “services” qu’elle nous rend. Cela fait partie de la culture des peuples autochtones et plutôt que de les en priver, nous devons nous inspirer de leur savoir pour construire le monde de demain.

Parce que chaque être humain compte, parce que chaque espèce disparue compte, parce que chaque minute compte, et parce que rien n’est fait face à l’ampleur de la catastrophe, nous demandons à tous les citoyens du monde de nous rejoindre dans la rébellion contre l’extinction du monde vivant et contre la propagande internationale sur les grands barrages ! Nous ne nous laisserons plus manipuler par des multinationales et des gouvernements qui n’ont aucun respect pour l’environnement et la santé des peuples ! La rebellion a commencé, la rebellion continuera !

Extinction! Rebellion!

Hydrodésastre